J'expire

CHANT DU VENT

Devinez ce que c’est :
Bien avant le déluge,
ce fut une puissante créature
sans chair et sans os.

Il n’a ni veines, ni sang,
il n’a ni tête, ni pieds,
il ne vieillira point et ne sera jamais plus jeune
qu’il le fut au commencement.

Quand on l’appelle il ne vient pas,
il n’a crainte de la mort,
il n’a aucun des désirs
des autres créatures.

Grand Dieu ! la mer blanchit
quand il arrive du lointain,
grandes sont ses beautés,
elles sont lui-même.

Dans les champs, dans les forêts,
sans pieds, sans mains,
sans âge ni vieillesse,
sans destinée la plus jalouse.

Il est du même temps
que les cinq périodes des cinq âges
et il est même plus vieux,
il a cinq cent mille ans.

Il est aussi vaste
que la surface de la terre,
il n’est jamais né,
on ne l’a jamais vu.

Sur la mer ou sur la terre,
il ne voit pas, on ne le voit pas
il n’a aucune fidélité
il ne vient pas quand on le désire.

Sur la terre ou sur la mer,
il est indispensable,
il est sans entrave
il n’a point de pareil.

Il vient de quatre régions,
il s’élance pour ses voyages
d’un lourd perron de marbre.

Sa voix est rauque, il est muet,
il n’a aucune courtoisie,
il est coléreux, il est courageux
quand il s’abat sur la terre.

Il est muet, sa voix est rauque,
il est violent,
très grand est son étendard
déployé sur la face du monde.

Il est bon, il est mauvais
il est ailleurs, il est ici,
il sème la discorde,
il ne s’en va que s’il le veut.

Il est bon, il est mauvais,
il n’étincelle pas,
il ne se manifeste pas,
on ne le voit jamais.

Il n’a jamais commis de péché,
il est humide ou desséché,
il vient souvent
de la chaleur du soleil ou du froid de la lune.

 
TALIESIN, Les grands Bardes Gallois, Falaize
(barde gallois, 6e siècle)